CULTURE...
Zobi! J'en ai de la chance, par rapport à vous...
J'habite dans cette merveilleuse contrée d'Isan, où les gens sont charmants, gentils quoi (!), où le sourire radieux des jolies filles du cru te fait oublier que t'es gros, laid, handicapé, où le farniente de la retraite n'a nulle part ailleurs un meilleur gout, où...
Il fait si bon vivre!
Mon cul! Une bande de péquenots qui bouffent des insectes, se soulent la gueule au Lao Kao, les meufs toutes emplacardées de chiards à 14 piges et, aujourd'hui, un putain de vent de sa mère qui déchire sa race!
Bon! Allez! J'les aime bien quand même.
Mais, là où j'vous marave, où c'est qu'chu content par rapport à vous, c'est qu' en ces périodes de fêtes, chez vous, ici, on en a rien à foutre! Rien à branler!!!
Pas la peine de courir pour trouver-acheter la dernière Game Station au petit con, pas la peine de se casser le cul pour envelopper dans du papier cadeau le porte-jarretelles en faux diam's que Ginette va étrenner quand elle sera bourrée, pas la peine de faire la queue au LIDL pour acheter du foie gras ouzbèke et du champ' cambodgien!
Zob!
J'évite ces merdâsses de vitrine enluminées, les rues de même, la gueule des gens qui ont les boules de dépenser toutes cette thune pour une seule soirée, le froid et la couleur grise du temps qui te font rappeler que t'es une merde de travailleur sans thune dans l'impossibilité de partir sous les tropiques fêter ça avec un Daikiri on zi rocks, j'évite tous ces connards de mecs déguisés en Père Noel dont la moitié sont pédophiles et l'autre, des chomeurs en fin de droits. J'évite aussi, la misère, la tronche du clochard qui va se taper royal ses cubis de pinard 11 degrés CEE Leader Price et, les émissions de télé à la con avec grand-père sourdingue, Mamy qui pue le pipi, les mômes qui crient, et ma pouffe qui essaie morte soule de se faire le voisin...
Et, surtout, le visage jovial et sur d'eux, de toute cette bande de beaufs qui vont s'engraisser ce soir sans penser au double enculage de l'année prochaine...
Hop! Que tchi!
On fête pas Noel et j'emmerde le petit Djiseuss!
Aussi, pour tout mes amis du monde entier de la terre, tous les bâtards, crevards, crevures z'et mort-de-faim, pour tous les tapins, les alcoolos, les toxicos, les narvalohs, les clodos, les taulards, les anars, un conte de Noel pour dire aux autres d'aller se faire mettre avec leur superstition de merde...
GLAEDELIG JULE
La lourde s'est ouverte d'un coup de pompe. Le mec a gueulé quelque chose. J'suis sorti d'en dessous les couvrantes vite fait, j'ai sauté du lit pour me na tchave.
Les keufs!
-Glaedelig jul! Joyeux Noel!
-Putain! Enculé! Tu m'as fais peur!
C 'était Marc. Mon pote de galère au Danemark. Eventuellement, le guitariste de notre groupe Susan et les bites. Susan and the cocks en VO.
St'abruti sautait dans toute la chambre, sur le lit en gueulant :"glaedelig jul, joyeux Noel". Grand pantin désarticulé, il rebondissait dans la piaule.
- Arrête, fais chier. Quelle heure il est?
-Six heures, du soir.
L'hiver, ici, la nuit tombe très tôt. Faisait donc nuit... Comme je me couchais très tard, ou plutot très tôt, six-sept plombes du mat, il pouvait se passer plusieurs journées sans que je vois la lumière solaire.
Le jour, quoi!
-Qu'est-ce que tu fais, ce soir, tu dines avec ta meuf?
Qu'il me demande.
-Et toi? Tu vas chez ta mère?
-Dis pas encore de conneries sur ma mère! Fais gaffe!
Il s’énervait à chaque fois que je prononçais "ta mère". Pourtant, je l'aimais bien, la Germaine! A Sarcelles, elle avait toujours un casse-dalle ou une kro pour les copains de son fils. Super gentille et bénèvole au Secours Populaire. Son père, mort de rire, s'appelait... Zéphyrin. Sans déc!
-Y'aura Zéph?
Ils habitaient bien sur en France mais, j'me vengeais de son coup de réveil flippant!
-Bon! Comme c'est Noel, on va acheter une caisse de bière, du pain et du pâté.
Il me restais 200 couronnes du dernier casse que j'avais fais avec Jorgen, j'avais donc large pour faire quelques rades avant d'aller tisaner et manger ce festin chez Moustaf.
Moustaf?
Un pote de Sracelle. Du moins, un "grand" . Mon frère m'avait demandé de le recevoir, de le planquer quelques temps. Mousse avait largement dépassé le stade du vol de moto du quartier. Un casse de pav de rupin qu'avait mal, très mal tourné! Jorgen lui avait dégotté un deux pièces; cuisine et salle de bains commune, à la danoise. Il m'avait donné des conseils sur l'art du pickpoket et du crochetage. Je m'entrainais aussi avec lui.
J'me vêt, grosses chaussettes , baskets, un tee-shirt, mon fameux Teddy tout déchiré et, par dessus, un imper à la Columbo.
Fallait conjuguer grand froid et rock & roll...
On quitte l'apart HLM, prété par Anita, une copine un peu frappadingue.
Marc, Germaine, Mousse, Anita... Je fréquente que des cas!
Anita avait un taf à la cool: elle descendait une fois par mois à Hambourg avec son môme (couverture) et revenait au bercail alourdie de quelque tube de dentifrice rempli de coke. Avec ses royalties, elle se louait une maisonnette style danois, poutres en bois apparentes et torchis pour les murs. Elle n'aimait pas le béton. Le "Social" , genre de sécu du coin lui payait le loyer du HLM, l'eau et l'électricité car, elle était sans emploi et mère célibataire. Ils lui auraient livré une caisse de bières par semaine et cela aurait été le paradis!
On descend à pieds vers la gran'ville. Nuit , froid, neige.. Manque plus que le brouillard! Nacht und nebel. On va sans détour au "Latiner". Bar de nuit où on a nos habitudes. Où on commence la soirée, où tu peux faire tes courses. Arup, le boss est derrière son bar . C'est un danois un peu spé : il est petit, ventru, il a une barbe poivre et sel, vinaigre et huile. Une tronche de vinaigrette! Mais en plus, ce con, il est noir!
-Salut, Arup! Un café.
-T'es malade?
-Non! J'me réveille.
-Putain de jeunes! Ils dorment toute la journée, le soir, ils boivent et se droguent!
-Chez toi ma poule, chez toi! Prépare moi une "élephant" ( sacrée bonne bière danoise) dans la foulée.
-Ok! Mais trainez pas les mecs. Ce soir on ferme tôt, c'est Noel.
Y'a pas un rat dans la salle. On expédie le p'tit déj, direction, Skolegade. La rue des écoles. Aarhus est une ville étudiante. Cette rue est blindée de cafés restos où les diants-diants viennent se retrouver, casser une croute, tisaner et refaire le monde. Pas trop notre truc mais on y croisent des fois quelques pôtes. Et pôtines... Idem, pas trop de monde. Qu'a cela ne tienne, on s'casse chez Mousse.On longe la place de l'église, hop, à gauche, la rue piétonne. Au-dessus du pont, à l'entrée de la walking street, c'est le coin, sombre, des dealers. Toujours personne,à part les quidams qui pressent le pas pour rentrer vite fait se gaver et se torcher.
-Putain, Marc, même les dealers y fêtent Noel, y'a personne!
Sitôt dit, on voit un mec, un seul qui sort d'un recoin et qui m'alpague. Il a la démarche d'un film au ralenti :
-Jo,( plutôt) Jooooo, Tu cherches de la cameeee? J'ai de l'afgan noir.
-Pas la peine, Bjorn, j'ai s'qui faut.
-J'ai aussi de la suuupeeer rose turc...
Vu sa tronche, elle devait être super. Mais, ce soir pas envie de comater, j'ai refusé.
-Hey! Marc? Y'a pas des mecs qui t'ont demandé de la came au Latiner?
-Hein? Quoi? Ah! Ouais! Ouais! Des mecs voulaient du shit!
-Merci frenchies...
Bjorn est parti au ralenti vers le rade. On rigolait comme deux enculés en imaginant sa tronche devant la porte fermée. Puis on a continué notre route pavée de neige et de mauvaises intentions.
La rue pietonne se vidait des derniers badauds, les bras chargés de paquets. Nous, on allait au mini-market de la gare. Une superette ouverte 365 jours par an et de 6 heures am jusqu'à minuit du matin!
Qu'est-ce qu'on foutait dehors par ce froid de connard. Coin-coin.
On arrive , on entre.
Ding-dong, sonnette annonçant des clients. Y'a pas un rat à part nous.Deux rattus norvegicus sarcellois. Le caissier est seul'tout assis à sa caisse. Normal pour un caissier. Dans sa blouse verte, il a l'air de se faire chier comme?
Un rat mort.
Cela en fait des rats en quelques phrases mais, ce soir de Noel est placé sous l'aile malveillante du rat.
Un rat à ailes...
Il lève pas sa tête pour nous pister. Il continue son exercice intellectuel , sa méditation sur la condition du pôv'con de caissier qui se fait chier le soir de Noel alors que tout le monde va se souler la gueule.
Sans lui!
Je me baisse pour ramasser la caisse de bibinnes qui va nous réchauffer à défaut de cheminée. Je me relève et me trouve nez à nez avec une jolie boutanche de Black and White qui me fait un clin d'oeil. La vicieuse! Elle doit aussi se faire royalement chier ce soir... Je jette un oeil à la dérobade. Pas vite fait: à la dérobade car, je m'en vais la dérober pendant que l'autre narvaloh comate. Je rentre mon teddy dans mon ben, ouvre le col et embourbe la bouteille. Laiss'bèt la reubié! Marco a vu le cinéma, c'est, je le rappelle un rat de Sarcelle. Il est au rayon frais. Il taxe un ...rosbeef! C'est parti comme en quatorze. On vole tout ce qu'on peut : des cacahuètes pour l'apéro, du riflard danois, du fromage danois, du pain... suédois ( pour changer!), C'est la razzia. On prend du coup une dizaine de kilos chacun.
Bilbok ne nous a même pas encore jeté un cil! Je chope en passant un litre de yahourt à boire, on se présent à la caisse. Sans lever la tête, Bilbok tape le prix du yoghourt sur sa machine et nous dit :
-Fem kroner (cinq couronnes).
Je lui glisse un bifton, il me rend la monnaie et lève enfin sa tronche pour me rendre la ferraille.
Il a la teuté du viking, le visage buriné par les grands vents froid, tailladé par la neige et le gel, mais surtout par la bière et le schnaps.
Il a un moment d'hésitation, il regarde mon gros ventre.
Je prend la thune, j'le tak (merci en danish) et me prépare à courir. Il se tourne vers Marco. Ses yeux se fixent sur son bide, remontent lentement vers le haut. S'arrêtent au niveau du cou de mon pôte. Je regarde ce qu'il fixe et je vois...le goulot et le bouchon d'une bouteille de Martini qui dépassent!!!
On est mal.
Le mec ouvre sa bouche, s'il crie j'lui en colle une et on se tire à la vitesse de la lumière.
-Vaesko!
Qu'il nous dit : de rien, en français!
On se dirige l'air dégagé mais le cul serré, vers la sortie.
-Hey! Les jeunes!
Qu'estsqu'y veut encore s't'enculé? J'ouvre la lourde, prés à la tchave, prés à l'insulter avant la course.
-Ouais?
-Gaedelig jul! ( joyeux Noel)
-????
De concert, Marco et moi on le mate ébahis, et on lui dit :
-Same to you, man, same to you...
On sort tranquille, on dit pas un mot.
Mousse va se taper un gueul'ton de prince.
Merci à toi, l'alcoolo!
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